
Extrait du grimoire de Benthro
La vallée brûlée
Depuis treize jours, aucun nuage.
Les rivières se retirent.
Les arbres perdent leurs feuilles en plein été.
Même les pierres semblent chercher de l’ombre.
Lougarithme observe la vallée sans un mot.
Hiboudata, elle, revient avec de la suie sur les ailes.
Quelque chose s’est réveillé sous les Pics Rouges.
Alors j’ai repris mon bâton.
Car lorsque le vivant cesse de murmurer…
c’est souvent qu’il s’apprête à rugir.

Les sangliers de cendre
Ils ont surgi des fougères brûlées.
Des sangliers de cendre.
Des défenses rouges comme du métal dans la forge.
Des sabots qui faisaient jaillir des étincelles.
Lougarithme a bondi.
J’ai frappé le sol de mon bâton, et les vieilles racines ont répondu une dernière fois.
Nous pensions être attaqués.
Mais les bêtes ne nous chassaient pas.
Elles fuyaient.
Et parfois, le véritable danger n’est pas celui qui charge vers toi.
C’est celui qui le poursuit.

L’armée de cuivre
À la tombée de la nuit, Hiboudata est revenue.
Ses plumes étaient noires de suie.
Dans la vallée, une armée avançait.
Des golems de cuivre.
Des géants sans souffle.
Des fours ardents à la place du cœur.
Ils marchaient vers la Source des Pierres Froides.
Lougarithme a montré les crocs.
Moi, j’ai regardé le vieux pont de basalte.
Un stratège ne combat pas toujours l’armée.
Parfois, il choisit simplement l’endroit où elle tombera.

Le pont de basalte
La première rune s’est éveillée sous mon bâton.
Puis le pont a grondé.
La roche s’est ouverte.
Les golems ont basculé dans le ravin.
Le ciel s’est rempli de poussière, de feu et de cuivre.
Trois sont tombés.
Le quatrième a traversé les flammes.
Il était plus grand.
Plus lourd.
Et visiblement peu sensible à la subtilité.
J’ai resserré ma prise sur mon bâton.
La stratégie permet d’éviter certains combats.
Pas tous.
Le dernier golem
Son poing incandescent a frappé mon bâton.
La magie a rencontré le métal.
La patience a rencontré la force brute.
Et, pendant une seconde, je me suis demandé si une retraite très digne restait envisageable.
Puis Syelune a chanté.
Une parole ancienne.
Une note de pluie dans un monde de feu.
Une fissure a traversé le cœur du golem.
J’ai frappé.
Le colosse s’est effondré dans une pluie d’étincelles.
La force brise.
La justesse, elle, trouve la faille.

Le Soleil Dévoreur
La montagne s’est ouverte.
Rhazakar a déployé ses ailes.
Le Soleil Dévoreur.
Un dragon immense, couvert d’écailles incandescentes, dont chaque souffle embrasait le ciel.
Lougarithme s’est placé à ma gauche.
Hiboudata tournait au-dessus de nous.
Syelune protégeait la source derrière un cercle de lumière.
J’ai levé les yeux vers la créature.
— J’avais demandé un peu d’ombre.
Puis le ciel a pris feu.
Certains jours, la quête ne te demande pas d’être prêt.
Elle te demande d’avancer quand même.

La rune du dragon
Nous pensions devoir vaincre Rhazakar.
Mais sous ses écailles brûlait une rune de servitude.
Le dragon n’était pas le maître de la chaleur.
Il en était le prisonnier.
Alors j’ai grimpé sur son dos.
Au-dessus des montagnes, entre les flammes et les premiers nuages, j’ai planté mon bâton dans la rune.
La lumière a traversé le ciel.
Puis le silence est revenu.
Rhazakar s’est posé près du lac, enfin libre.
Lougarithme a secoué la poussière de son pelage.
Hiboudata a observé les nuages.
Syelune a souri.
Et moi, je me suis assis sur une pierre encore chaude.
La prochaine quête se déroulera dans une cave.
Le vivant murmure avant de crier.
Mais parfois, il crache aussi du feu.
